mercredi 27 août 2014

Bi ?

Mmm... 2% de bipolaires sur cette terre. Dont les plus célèbres ci-dessous, selon Google Images. 

Serais-je parmi les (mal)heureux élus ? Hier, pour la première fois, j'ai approfondi la question (par ici, les bonnes infos), motivée par le fait que maintes fois, récemment, on a mis le sujet sur ma table. Mon ancienne boss qui pleurait un jour sur deux, mes parents, mon roi Albert qui a abdiqué il y a un peu moins d'un mois, la psychiatre de la cellule de crise, le médecin conseil de ma mutuelle... chacun d'eux avait ce mot « bipolaire » à la bouche, sur le bout de la langue, des lèvres. J'ai fini par avoir la puce à l'oreille d'âne que je suis.. 

J'avoue n'être pas sortie indemne de mes lectures, frappée par les traits de ressemblance entre les symptômes décrits et les miens. Ni une ni deux, je me suis empressée de téléphoner à mon ex-prince charmant afin de discuter de tout ça car je ne vous cacherai pas que j'avais bien les boules quand même. Mais après une nuit qui porte conseil, me voilà déjà moins affolée, l'information digérée et dédramatisée.

Ce que je retiens surtout, c'est que plus tôt on se reconnait/se fait diagnostiquer bipolaire (ce qui peut parfois prendre des années, pour certains cas), plus on a de chance de s'en sortir avec un train de vie « normal ». Et d'après ce que j'ai lu, le trio gagnant pour se soigner est la psychothérapie, la bonne hygiène de vie et les médicaments (ceux d'appoint, pris ponctuellement, ou les psycho-régulateurs).

Concrètement et dans l’ordre, je compte déménager chez Mamita, ma grand-mère maternelle, me faire opérer des cordes vocales (le 8 septembre) et entamer la rééducation, retrouver un autre roi ou une reine de la psychiatrie, trouver un petit job pas prise de tête avec, si possible, un(e) boss pas trop tordu(e), le tout en parallèle avec mes activités artistiques et physiques, mes sorties avec mes amis - ceux à qui je ne fais plus peur, qui me font du bien et me tirent vers le haut - et mes moments en famille (dans un rapport plus adulte). 

Quant à la prise de médicaments, rien n’y fait, je ne démordrai pas de ma volonté à tester les solutions douces pour mon cerveau biscornu d’abord (sophrologie, méditation, yoga, thérapie par le souffle, analyse et réinformation cellulaire, kinésiologie, etc.). Jusqu'à trouver la meilleure formule rapport qualité-temps-prix. A force de discuter avec des gens, je commence à me faire un chouette petit carnet d'adresses et à savoir quand voir qui, le tout pour un budget raisonnable et sans tomber dans des dépendances de consommation. Peut-être qu'à terme il me faudra prendre des médicaments. J'en suis consciente et je commence à l'accepter petit à petit. Mais là, j'estime qu'il est encore trop tôt pour décider si oui ou non, j'en ai besoin. Je compte observer ce que mes actions sur les deux autres pans du trio gagnant donnent comme résultat sur mes humeurs. Je suis sûre qu'une routine saine et équilibrée (pas de type « métro-boulot-dodo », hein, ça ne me ressemble pas, mais plutôt dans le sens d'une juste et bonne répartition de mon temps entre la famille, les amis, la vie amoureuse, la détente, le boulot), mêlée à un(e) bon psy fera déjà une grande différence. Je ressens que je mets de plus en plus précisément le doigt sur les failles et parviens de mieux en mieux à cerner les facteurs déclencheurs de mes crises (hypo)maniaques (beurk, ce terme est vraiment pas cool quand même) ou phases dépressives, les gestes à favoriser et ceux à éviter, avant, pendant et après la tempête d'euphorie ou de tristesse. 

We will see !

mercredi 13 août 2014

Like a baby

Le voyage initiatique en Asie marquait une étape importante dans mon chemin de convalescence, après des mois de recherche de réponses et de solutions à ma maladie. Petit oiseau était fin prêt à se faire confiance. Assez en tout cas pour prendre son envol et tenter de vaincre sa paranoïa, ses angoisses de l'inconnu et de la mort. Le plus gros obstacle finalement, deux semaines avant le grand départ, c'était les inquiétudes de la famille : « Est-ce vraiment une bonne idée ? S'il est trop tôt, retarde ton départ… Seras-tu assez forte ? Prends quand même des médocs au cas où. Tu es vraiment sûre de vouloir partir ? » Oui, chère famille. Laissez-moi grandir et devenir adulte. S'il vous plaît. Je n'en peux plus d'être un gros bébé incapable de se gérer. Je n'en peux plus de péter des câbles. Je n'en peux plus d'étouffer. Laissez-moi apprendre à me connaître, loin de tout, loin de vous. C'est pour mieux me retrouver. Vous retrouver. Laissez-moi suivre mes intuitions, mes envies. Elles sont bonnes, croyez-moi. LAISSEZ-MOI PARTIIIIIIIR, ai-je tonitrué les jours qui ont précédé, secouée par d'ultimes crises nerveuses. Or, plus je m'énervais à essayer de les convaincre des potentiels bénéfices du voyage sur moi, plus je voyais mes chances de partir s'amoindrir, tant je me mettais dans de mauvaises postures, genre celle de l'hystérique en peignoir qui se tire les cheveux et court dans la rue pour échapper à sa môôôman qui la met dans tous ses états. Comportement qui, bien entendu, ne plaidait pas en ma faveur. Mais bon, sur le moment, difficile de se contrôler. 
J'avais tout préparé minutieusement. Les étapes, les points de chute en cas de force majeure, les vaccins, la trousse de secours, l'iPad et ses applis utiles... Tout pour me sentir à l'aise dans ce premier voyage seule. Sur ma liste de choses essentielles à faire avant de prendre l’avion, il y avait aussi et surtout « Écrire mon testament » et « Démarrer un blog ». Ce que j'ai fait, histoire de décoller en toute sérénité et de laisser derrière moi quelques maigres écrits, au cas où quelque chose de terrible devait m'arriver, dans les airs ou là-bas. 
J'aurais pu vite plier mon testament, puisque je n'ai rien ou presque. Au final, j'ai mordu pas mal de temps sur l'une de mes précieuses nuits avant le jour J. Parce que je voulais qu'à la fin de la lecture, les destinataires en oublient presque l'intention, l'impulsion de base, triste, glauque et déprimante. Et voilà, au bout de deux heures, j'envoyais mon amour (tout ce que je possède réellement, à bien y réfléchir) par mail (pas très original le support, certes, mais facile et rapide, donc voilà). A mes parents, ma marraine, une amie... Mais pas à mes frère et sœur. Parce que je me suis souvenue d'un mail d'Olivier, environ trois ans plus tôt, qui m'enguirlandait d'avoir adressé un long mail à toute la famille concernant la petite vie que j'essayais vaille que vaille de me créer à Paris et le fait que je pourrais bien y trouver une place, ma place... C'était bourré d'optimisme. Trop peut-être ? Il m'avait sermonnée. « Arrête avec ces dissertations philosophiques à la 6-4-2. Chaque année, tu reviens avec le même discours... » Je n'avais pas compris sa leçon de vie et l'avais trouvée agressive. Mais du coup, je n'ai pas réitéré l'expérience, préférant lui communiquer mon amour via les réseaux sociaux et... mon blog, à défaut de trouver les occasions de se parler en face. 

Ainsi, les raisons d'être du blog étaient multiples. J'en découvre encore aujourd'hui. En voici un petit florilège : 

1) Faire couler de l'encre de mon ordi. Autant que nécessaire pour larguer les amarres de mes sentiments. Jeter mon ancre de future ex-naufragée et rompre sa chaîne, pour mieux naviguer, m'envoler, le cœur léger et libre comme l'air, dont j'étais à deux doigts de prendre un bon bol. Yes yes yes ! 

2) Donner à lire à mon papa, ma maman, Olivier, Caro et David. Qu'ils découvrent que j'ai des trucs à (leur) dire - certes étranges parfois, mais et alors ? - qu'ils apprennent à mieux me connaître et réalisent qui je suis en train de devenir), depuis le divorce en 2006. En mode « Hello ! Youhou ! Je m'appelle Valentine, j'ai inhibé et refoulé mon identité ces dernières années mais ce n'est pas grave, je vous aime, je vous pardonne et surtout je me pardonne. Le monde est imparfait. Vous et moi aussi. L'erreur est humaine. Apprenons de nos erreurs. Voyez donc (aux boutons sur mon front et mon menton, par exemple) comme je suis en train de tout percer, faire exploser, ressortir. Suite au grand plongeon dans les profondeurs de mon âme, ce no man's land que je cherche à cultiver en une terre-mère fertile et accueillante, voilà que je remonte à la surface et commence à respirer ! » 

3) Faire savoir à mon frère qu'en cherchant à me retenir auprès des parents et de mon docteur (sans plus même me consulter moi) - même si l'intention, aussi bonne soit-elle, était de me protéger - il ne faisait qu'aggraver mon cas, me rendre plus folle. J'avais envie de lui crier « regarde dans ton assiette, connard, répare-toi toi-même au lieu de vouloir réparer les autres. Et maladroitement en plus ! » Mais comme les occasions de se parler se faisaient rares, je me disais que le blog tombait à pic pour le convaincre de me faire confiance (ce qui était pire que bien apparemment... Jusqu'au bout, il disait à ma maman que j'écrivais des trucs complètement ésotériques, que l'heure était grave et que je n'étais clairement pas prête). 

Le cinquantenaire, la fontaine, ton appart', l'arrivée de la course, l'ambulance.
4) Et enfin, last but not least, ouvrir mon cœur sur Internet, via un Blog. Lequel m'apparaissait comme une nécessité, une évidence. Écrire pour exister. Il me fallait à tout prix raconter un mini bout de mon histoire (mes mémoires ?) et faire des bisous à ceux que j'aime plus que tout... 

Olivier, tu n'es pas venu me dire au revoir à mon ultime verre de départ, en petit comité chez Émile. Peut-être bouclais-tu un article ? Enfin... Tu m'as dit au revoir cette nuit, dans mon rêve. Merci.

(Même pas) en rêve


Ça y est, Oli. Tu es apparu dans mes rêves, cette nuit. Enfin ! On était en vacances, il faisait beau. Il y avait bien d'autres personnes, mais je ne voyais que toi. D'un côté, il y avait la mer et de l'autre, la montagne enneigée. On t'avait averti que tu avais le cœur meurtri et qu'il fallait le ménager. Réfléchir à deux fois, voire mille, avant de t'engager dans une course effrénée, contre la montre... Ta montre. Celle que tu voulais te tatouer, sans les aiguilles. Mais malgré tout, tu t'es élancé sur la piste et tu as filé. Je skiais derrière toi et te regardais glisser sur cette neige immaculée. Et puis, la gamelle est arrivée. Sauf que cette fois, je n'étais pas à l'étranger, loin de tout, loin de toi. J'étais là. J'ai pris ta tête entre mes mains. Tu m'as parlé. Tu as dit que tu souffrais beaucoup et que tu désirais t'apaiser. J'ai répondu que je respectais ton choix et que serais toujours là, où que tu ailles, quoi que tu décides. Puis, je me suis retrouvée de l'autre côté de mon rêve. Sur un pont infini qui donnait au-dessus de la mer, bleue comme tes yeux, transparente, limpide. Quand un orque, cet animal qu'on s'amusait à dessiner étant petits, passa sous mes pieds. Puis, un ami, à deux pas de moi, dit à voix basse : "C'est Olivier".





vendredi 8 août 2014

Pfff...

JE SUIS FURIEUSE ! FAUT QUE J’ECRIVE ! 

La psychiatre de la cellule de crise à St-Luc a cru bon pour moi d'annuler mon intervention chirurgicale des nodules diagnostiqués sur mes cordes vocales à l'âge de 12 ans (quand je commençais à chanter ailleurs que dans ma chambre). Je téléphone aujourd'hui pour savoir à quelle heure a lieu l'opération, ce lundi 11 août et on me répond que je ne suis plus programmée, sous l'ordre de cette psychiatre qui m'a vue deux fois dans sa vie (en février 2013 et en août 2014). Euh... N'ai-je plus mon mot à dire dans cette histoire, MON HISTOIRE ??? 

Vous n'imaginez même pas à quel point je suis contrariée de voir mon passage en salle d'op' différé ! Il représente un grand cap dans ma vie ! Une nouvelle voix pour une nouvelle voie. J'avais tout programmé en fonction de cette date cruciale, qui tombait à pique, avant la rentrée de septembre. De mon silence radio obligatoire, à mes séances de logopédie, en passant par les lieux où j'allais séjourner le temps du repos, puis de la rééducation. 

Cet arrêt vocal complet, j’en ai besoin. Pour ma voix, bien sûr, mais aussi pour mon mental, mon organisme, mon horloge biologique toute chamboulée. J’avais à l'esprit de profiter de ce rendez-vous médical pour me la jouer bouddhiste zen à Bruxelles (à défaut d'avoir pu le faire en Asie du Sud-Est), désireuse de calmer la rage en moi, de me recentrer après l’enchaînement d'événements tragiques qui ont décoloré ma vie, ces dernières années : le divorce de mes parents, le décès de Maxime (le frère de cœur de mon frère), le décès de ma grand-mère paternelle, le cancer du sein de ma maman, mon burn out, ma dépression profonde, le décès du directeur artistique de mon duo Avenue., et enfin, cerise pourrie sur le gâteau empoisonné, coup de grâce, le décès de mon frère. Mais comment allais-je bien pouvoir encaisser une telle épreuve ? J’étais loin… Loin d’imaginer ce qui arriva si brutalement à mon frère, le 18 mai 2014, vers 12h, 500m avant la fin des 20km de Bruxelles. Sa crise cardiaque. 

Cela faisait à peine deux semaines que j’avais foulé le sol asiatique. Mon périple devait durer trois mois. Le premier en son genre, celui dont j’attendais, naïvement peut-être, qu’il me renforce, m’apporte des réponses, me retape, recharge mes batteries à coup de massages, yoga, méditation, rencontres, découvertes, sourires, jungles, plages, montagnes, saveurs, épices, exotisme, paysages... après seize mois de psychothérapie, de reconquête pénible et laborieuse de moi-même, d’émotions intenses, changeantes, épuisantes. Une aventure que je voulais m’offrir et qui allait certainement mettre un terme à cette tendance à l’auto-sabotage, m’empêchant de vivre pleinement. 

Je débarquais tout juste chez mon oncle et ma tante, à Bangkok, quand j’appris la triste nouvelle, au beau milieu de la nuit. Le lendemain, on organisa mon rapatriement. Mon corps, ma tête, mes nerfs surtout, allaient-ils tenir le coup ? J’étais encore si fatiguée… Deux jet lags en l’espace de quinze jours... Pas idéal. Les vols du retour ? Les heures les plus longues de ma vie. Le tout sans aucun médicament pour me soulager, m'aider à dormir, ma trousse de secours étant restée à Singapour, chez mon amie. Ma tête cognait. J’ai dû faire des pieds et des mains, auprès d’hôtesses antipathiques, pour obtenir un malheureux Paracetamol. Complètement déboussolée, je n'ai rien trouvé de mieux que hurler dans les toilettes de l'avion. 

Le 20 mai, le taxi me déposait à Ixelles. Mon futur-ex et mon parrain arrivèrent en même temps à l’appartement pour me réceptionner, lessivée. Je m’écroulai littéralement sous mes cris. Les deux mois qui suivirent la mort d’Olivier s’écoulèrent à toute vitesse. En mode automatique, je vécus la préparation de la cérémonie, le funérarium, l’enterrement, la rupture avec mon petit ami, la recherche de nouveaux locataires pour l’appartement, le déplacement de mes affaires dans la maison familiale, à La Hulpe, les vacances en France, le city trip à Berlin… Il y a cinq jours, ma mère me ramenait à la maison. Après un mois de vacances, de détente et de bonnes ondes. 

Et là, je tombe de haut. Très haut. La colère s’empare de moi. Je réalise que mon frère ne reviendra pas, à un moment où je n'ai plus de chez-moi. Pas cool. Pas d'intimité. Pas d'espace vital. Beaucoup de gens autour de moi. Le beau-père, la mère, la sœur, son copain, deux amis de mon frère… Je ne gère plus. Qu’on me fiche la paix. « Vous ne comprenez rien, vous faites chier, laissez-moi hurler, m'exprimer » et v'là t'y pas que j'envoie valser mon bol de céréales sur le sol de la cuisine... et surprends tout le monde, de nature à me contenir. Mais alors... Que faire ? Où aller ? Soudain, il me faut absolument mettre la musique à fond dans le salon. Danser, danser, danser, pleurer et crier en même temps. Il faut que ça sorte ! « C'est bien Val, évacue ! », me dis-je en mon for intérieur. « La musique va trop fort. Tu n'es pas toute seule, ici, Val. Arrête ton cinéma », entends-je autour de moi. A ces paroles, je deviens totalement hystérique. « Non mais vous rigolez ou quoi ? J'ai le droit de faire mon deuil ou pas ? Juste le temps d'une chanson ou deux ? ». Ma famille est désemparée, désarçonnée par la violence de mes propos et mon comportement explosif. 

De la colère, j’en ai en stock depuis le divorce de mes parents, en 2006. J’avais 17 ans, j'étais en dernière année du secondaire au Collège Notre-Dame de Basse-Wavre (un établissement bien plus ouvert et moins péteux que le Lycée de Berlaymont à Waterloo, que j’ai fréquenté quatre ans avant de changer d’école). J'aurais dû faire ma crise d'adolescence à ce moment-là, avoir mes règles et choisir des études dans mon intérêt propre. Eh bien non. A la trappe, toutes ces étapes essentielles à la construction d'un esprit sain dans un corps sain. S’en est suivi mon premier gros repli sur moi-même. Fini les mouvements de jeunesse, au revoir les amis, bonjour l’université de Louvain-La-Neuve. Rien ne m’intéresse à part chanter. J’étudie l’économie et la gestion, parce que ma maman a dit que c’était bien pour moi. Ok. Je n’ai pas la foi pour creuser plus loin la question, de toute manière. 

Oui. Le divorce signa mon premier choc émotionnel. Celui qui perturba ma perception de la vie, de la famille, de la vie de famille et sema les graines du chaos qui mena ultimement à mon « global burn out », l'an passé... Une fois à l'université, j'ai tenté de fuir (en avant) la maison, papa, sa nouvelle copine, maman, ses pleurs, Olivier, Caroline. De me détacher de cette ambiance peu porteuse. J’avais un kot la semaine, sur le campus et revenais chaque week-end à La Hulpe. C’était pire que bien. Je déchargeais mes batteries auprès des miens et recommençais ma semaine aux études, difficilement... Mes frère et sœur parlaient beaucoup, quand moi j’observais, passivement, souvent lasse. Et si je voulais en placer une, dans les bons jours, je m'y prenais mal et/ou je me sentais mal écoutée... Heureusement, il y avait mon copain, les lundis de la guitare, la revue, mon groupe de rock,... 

Et puis, en 2009, David, mon petit ami, mon pilier, ma béquille, mon psy, mon guitariste, mon auteur-compositeur, est parti faire ses études en psychologie du sport au Pays de Galles, pendant un an. Moi, je venais de terminer mon bachelier d'économie et de gestion, avec grande distinction. Déprimée, je n’ai pas trouvé la force, la motivation ni l’envie de continuer sur cette voie-là qui, malgré les résultats, ne me parlait pas le moins du monde. Sans trop savoir quoi faire, je me suis inscrite dans une école de Jazz, dans la capitale. Mon « année-pute », bouche-trou, que je l’appelle. Parce que je chantais, accompagnée d’un pianiste, dans les plus beaux endroits de Bruxelles, une musique que je ne vivais pas. Je gagnais pas mal d'argent, sans réellement prendre mon pied. Cette année-là, j'ai craqué pour mon prof d'arrangement avec qui j’entretenais une relation platonique et je me suis envolée vers le Congo, pour six semaines d’été, sur un coup de tête. Deux fois, j'y ai trompé mon homme. « Ce qui se passe à Goma, reste à Goma », me disait-on. Mais moi, j’étais désespérée. Perdue. Désorientée. Tourmentée. 

20 ans et déjà un trop-plein de questions : « Dois-je lui dire ? Que vais-je faire de ma vie ? Qu'est-ce qui m'intéresse au juste ? » Mon compagnon m'annonce, vers la fin de mon séjour en Afrique, qu'il accepte un poste de doctorat en banlieue parisienne, durant trois ans. Bon. On est au mois d'août. Ma maman insiste pour que je fasse un master, décroche mon diplôme. Les concours à Paris sont clôturés. Le fric, la crise, la finance, la bourse, les taxes, les impôts, ça m’écoeure. Plus question de faire de l’économie et de la gestion. Un nouveau master en communication culturelle voit le jour, à Louvain-La-Neuve. Je prends. Loin de David, près de ma maman. Et rebelote, une année de plus, sans grand intérêt ni investissement de ma part, le cul entre mille chaises, le cœur nulle part, la tête ailleurs. 

En 2011, je cherche à rejoindre David à Massy-Palaiseau. Mon mémoire sur les portraits d'artistes dans la presse musicale française m’ouvre les portes d’un stage en tant que journaliste culturelle, dans le Xe arrondissement. Neuf mois de trajets en RER B (le transport déprimant par excellence), d'agressivité et de puanteur dans les métros, et me voilà embauchée pour un CDD de quatre mois à temps plein, en tant que rédactrice en chef du plus petit des deux magazines que publie la rédaction. L'Openmag, un mensuel distribué gratuitement à la Fnac. Je signe un faux contrat (je ne me rendrai compte de l’entourloupe qu’au bout d’un mois presté en black, à mon insu). Je ne supporterai pas un RER B de plus. J’emménage à Belleville, rue Rampal, dans une colocation de 35m2, avec une fille de mon âge. 

Envoyée partout, je m’active tant sur le papier que sur le site web, mène de grosses interviews (Shirley Manson, Charlie Winston, Angus & Julia Stone…), écris une quantité d’articles en tout genre, forme les nouveaux stagiaires et coordonne les pigistes de l’Openmag. Je m’amuse bien mais peine de plus en plus à ignorer les sarcasmes de certains collègues envers moi, petite Belge restée stagiaire à leurs yeux. Les remarques condescendantes de mon boss qui prend ses employés pour son défouloir, ses stagiaires pour de la merde me sortent par tous les trous. Les tensions au sein d’une équipe supervisée par un management qui nous pousse à nous mettre dos à dos, plutôt qu’à travailler main dans la main, me dépassent. A cela s’ajoute que la colocation, rue Rampal, ne satisfait plus mes attentes. Avec ma coloc, on se vole dans les plumes, on se prend le bec, sans cesse, pour des broutilles. On s’évite, on ne se parle plus ou on se crie dessus. J’en ai la boule au ventre, quand je rentre chez moi. Quant à mon mec, resté en banlieue, je le vois peu. 

C’est dans cette atmosphère pesante qu’en décembre, je ramène une affaire en or à mon boss, sans toucher un euro de commission. La goutte d’eau de mon vase trop plein. Au cours d’un lunch, comme pour se rattraper, il me propose plus de responsabilités au sein de la boite, à salaire égal (800 misérables euros/mois). Le 21 décembre 2012, à la veille des vacances de Noël, je crache à la figure de mon employeur que je n’en peux plus. Je plaque tout. Je ne renouvellerai pas mon CDD dans ces conditions. 

Malheureusement, mon mois en black me fait défaut. Je ne toucherai pas les allocations de chômage. Là-dessus, je balance à David que je l'ai trompé deux ans plus tôt, que j’en ai marre, que je rentre en Belgique, que je ferai probablement escale à l’hôpital psychiatrique. 

Mes nuits sont de très mauvaise qualité depuis que j’ai quitté mon boulot. Au bout d’une semaine à Bruxelles, à voir mes amis, la famille, sans plus dormir, je me fous à poil dans le hall de l’hôpital St-Luc. On est le dimanche 4 février 2013. La suite, vous la connaissez : huit mois dans les jupes de ma mère, en dépression profonde, l'emménagement à Ixelles, le bref stage chez Sony Music, la semaine à l'hôpital psychiatrique, le CDD à la sandwicherie, les quinze jours en Asie, le décès de mon frère, la rupture après 7 ans de relation, la France, l’Allemagne, le retour à la maison, la crise de colère… 

Les futurs locataires n’arrivant qu’en septembre, je suis aujourd’hui retournée à l’appart ixellois, vide. Histoire de me retrouver un peu seule pour faire mon deuil. A ma manière. A mon rythme. Mais aussi parce que j’en ai marre d’entendre ce foutu terme « bipolarité » à tout bout de champ. Tout le monde est bipolaire. La terre est bipolaire. La lune influence les marées qui influencent mon humeur. Et alors ? Je dois avaler des psychotropes pour ça ? Non merci. Famille je vous aime, mais je ne vous suis plus. Je compte bien me faire confiance et essayer de me soulager avec MES méthodes. Celles auxquelles je crois. 

Et mon opération des cordes vocales, là-dedans ? Elle fait partie d’une des mesures que je désire prendre pour avancer dans la voie qui me semble bonne pour moi. Elle m'a été refusée alors qu'elle est prévue depuis le 17 juin. Je remercie non chaleureusement la psychiatre qui a annulé, sans mon accord, ce qui était ma priorité du moment. Sait-elle à quel point chanter m'apaise, plus que n’importe quel médoc ? Se rend-elle seulement compte que c'est un besoin vital, après six mois de voix cassée d'avoir parlé, parlé, parlé puis crié, crié, crié ??? Et là je pleure... Je me sens mieux. J'en avais lourd sur la patate. C'est sorti, c'est écrit. Merci :(