dimanche 20 mai 2018

Mélanie


Le point final de mon blog - ou les mémoires de mon introspection sur ces quatre dernières années - c'est le grain de beauté dans mon nombril, dont j'ai fait un pénible mais joli tour. Enfin, je peux me tourner vers l'autre, vers le monde, l'observer, l'écouter, le découvrir et sortir de ce "presqu'orifice" qu'est "le centre du moi"... La malédiction de l'artiste maudite ou incomprise ? Merci, non, pas dans cette vie... : cette tache de renaissance au milieu de mon ventre ne se transformera pas en mélanome, car je n'ai plus besoin de réchauffer mes maux au soleil. Mon moteur pour faire de la musique n'est plus cet infini besoin de reconnaissance - puisque je me reconnais - aussi grand que l'était mon manque affectif, mais bien ce désir de "chanter au monde entier - mais surtout à qui veut l'entendre -, quelles que soient l'heure et l'humeur, que dormir la nuit, cueillir le jour, rêver encore et vivre dans l'amour ne relèvent pas de la mission impossible".

Ma démarche ? Mettre des mots sur des émotions et ressentis, refoulés ou enfouis. Me reconnecter à moi-même pour mieux me connecter aux autres. Concrétiser mes idées, mes pensées en un véritable projet artistique, porté à bout de bras, pour sortir de l’imaginaire et m’ancrer dans la réalité. Aller à ma rencontre et dépasser les schémas sociaux emprisonnants, empoisonnants. Ne pas me contenter de survivre, mais (ré)apprendre à vivre, à marcher, sans courir. Suivre mon rythme, ma vision et mes intuitions, avec une saine confiance en moi. Mettre fin à l’errance et l’égarement, loin de mon chemin. M’accepter sans complexe, dans toute ma fragilité et mon humanité de femme, avec mon âme d’enfant.

De l’importance de chanter de ma voix propre. Ma racine vocale et mes mots sont le témoin de mon MOI, si difficile à trouver dans l'adversité, les méandres médiatiques et influences néfastes. Mais je n'avais pas le choix. Cette quête identitaire quasi obsessionnelle était une question de vie ou de mort (psychique) pour prendre ma place en tant que femme en société, dans un système duquel j'avais complètement décroché et dans lequel je me réinsère, pas à pas, armée comme jamais auparavant. Ecrire pour exister, condition non négociable pour devenir une vraie citoyenne du monde. La poésie, l’humour, les couleurs, la musique légère sont mes outils pour faire face à la réalité parfois trop sombre et trop lourde, où la souffrance est inhérente à la condition humaine. Un profond mal-être, le burn out, la dépression, le deuil, tant d’épreuves, d’obstacles, de maux d'époque à surmonter, pour raviver ma flamme intérieure. 

Il m’a fallu trouver le courage d’écrire, faire sauter les barrières, les cuirasses, bloquages et autres verrous, avant d’assumer mes mots dans ma langue maternelle. Baignée dans la chanson française – de Barbara à Charles Aznavour, en passant par Michel Berger et j’en passe - depuis le plus jeune âge, via mon père, il m'est apparu évident et nécessaire d’opérer un retour aux sources, après des années de reprises et compositions en anglais. 

Ce besoin d’auto-expression urgent voire extrême et cette forte attirance pour la scène évoluent en un processus plus serein qui relève dorénavant du désir gratuit, s'incarnant petit à petit dans tout mon corps, mon être, via ma musique, mes mots, mon énergie et ma gestuelle. Mes chansons composées au piano, mettent la voix et les textes au premier plan, portés par les mélodies sur des nuances électro, tantôt froides, tantôt chaleureuses. Du travail, du retravail, de la réflexion, de multiples remises en questions avant de pouvoir présenter mes titres comme ils existent aujourd’hui, synthèse de ce voyage dans les abysses de mon âme, guidée par mon coeur.

Le premier EP 'Scoop' est la mise en forme de tout le noir, toute la négativité et la mélancolie qui coulaient dans mes trop petites veines. Un passage obligé qui me permet enfin de regarder la vie en fa(r)ce et en couleurs, sans lunettes et avec des yeux définitivement clairvoyants. Mon écriture est cathartique et thérapeutique, à travers un choix de mots qui vont droit au but et symbolisent mes idées qui partaient, encore il y a peu, dans tous les sens et en arborescence. Au fur et à mesure de leur meilleure utilisation (en corrélation directe avec la conscientisation progressive), les mots traduisent une structure de pensée de moins en moins bordélique avec le temps et le travail acharné, facilitant ma communication interne et externe : je me suis, je peux suivre l'autre et on me suit. Ouf ! 

A présent, la musique et le nouvel équilibre qui en découle, remplace les médicaments pour calmer mes humeurs et bouffées délirantes, de moins en moins spectaculaires, à mesure que je m’épanouis. Bye bye à la fille qu'on disait bipolaire / hypersensible / maniaco-dépressive. Et bonjour à Valentine, la passionnée de musique dans un monde qui ne valorise que trop peu l'art comme métier. Celui qui tisse le lien entre moi et mon environnement.

Mes chansons, mon live sont un témoignage de ce chemin jamais fini depuis mon vide identitaire - et la dépendance ultime liée à l’enfance et ses peurs - vers la lumière, l’éveil de conscience, le bonheur, via la recherche d’autonomie, tant affective que fonctionnelle, propre à l’adulte qui travaille quotidiennement à se porter bien lui-même, en recherche constante d'équilibre. Une tranche de vie en musique que je partage désormais en public. 

De nombreuses rencontres magnifiques, dans cette aventure, avec des auteurs, des musiciens, des compositeurs ou producteurs tels que Ben Bruyninx, Iza Loris, William Larqué, Maxime Simon, Konoba, Nathan Teicher, Nico D’Avell et bien d’autres, nourrissent mon envie de créer davantage et d’avancer sur cette voie qui s’ouvre et qui est mienne… 

L.O.V.E, 

Lady Valentine sur scène, Mélanie dans ma tête et Valentine dans la vie.

Mélanie

Dans mon nombril
Un grain d’une grande beauté
Aussi fragile qu’un voilier
En pleine mer agitée

J’avais si froid au cœur
J’étais si mal dans ma peau
Qu’au moindre rayon de soleil
Je réchauffais mes maux

Le mélanome de Mélanie
Ce grain de beauté incompris
Mélomane et mégalo
Une drôle de dame
A fleur de peau

Je n'arrivais pas à parler
Juste à pleurer, à crier
Du Xanax au Lexomil
Pour me maintenir tranquille

Un voyage en profondeur
Neutralisa la menace
De l'espoir, je vis la lueur
Et remontai à la surface

Le mélanome de Mélanie
Ce grain de beauté incompris
Mélomane et mégalo
Son mélodrame
Voulait sa peau

Sans perdre une seconde
Je partis faire le tour du monde
De grains de blé en grains de sable
A rédiger mes propres fables

Un nouveau grain de beauté
Pointa le bout de son nez
Je regardai bien au-delà
Et me mis à rire aux éclats

Le mélanome de Mélanie
Ce grain de beauté bien compris
Mélomane et mégalo
Son mélodrame
Changea de peau

Au métronome, Mélanie
Posa son grain de voix sur ses récits
Mélomane et mégalo
La drôle de dame est belle et bien dans sa peau