mardi 6 mai 2014

Body Talk

Maintenant que ma tête s'allège, c'est mon corps qui réclame de l'attention. C'est vrai que je l'ai un peu délaissé ces dernières semaines, d’avoir porté toute mon attention sur mes petits tracas mentaux, de sorte que je voyage plus ou moins en paix avec moi-même. Avant de quitter la Belgique, j’ai traversé ma troisième crise depuis mon burn out en février 2013, une période intense en émotions et états divers. 

Mais qu’est-ce qui se cache derrière ces crises, au juste ? Il est crucial que je décode mes épisodes sous haute tension si je désire que le cercle vicieux devienne vertueux. Pour ce faire, il m’incombe de creuser jusqu’à la source du problème plutôt que de me contenter de solutions « vaseline », précaires, en surface. 

Il semblerait que mes crises surviennent systématiquement en réponse à un changement de vie important. Je les définirais comme ces moments où, prise d’une soudaine panique, j’entre dans une quête urgente de réponses existentielles auprès des miens. Brutalement et en puissance, j’extériorise alors un appel au secours, à la communication, à la compréhension, mêlant rage, peur et colère. 

Subitement, mes pensées s’enchainent, mon esprit s’envole vers le soleil à s'en brûler les ailes, mon moulin va trop vite, déréglant tout mon organisme, à commencer par mon sommeil. Or, c'est bien connu qu’il est l'élément indispensable à la régénération des cellules et donc à l'apaisement de tous les troubles liés à ladite crise (insomnies, susceptibilité, amnésie, irritabilité, hypomanie, neurasthénie, bouffées délirantes,…). En somme, moins je dors, plus je perds pied, romps l'équilibre et me fous en l'air. 

Par conséquent, si je ne mets pas tout en œuvre, dès l’apparition des premiers symptômes de l’ébullition, pour arrêter la machine en surchauffe et retrouver le calme, le repos (quitte à passer par l’hôpital s’il le faut), je dois m’attendre à ce que mon système nerveux fragilisé provoque des connexions cérébrales anormales. Ensuite, je bascule dans un monde parallèle, vif, ultra-lucide et créatif. Ce qui n’est pas pour déplaire, sur le moment… D’où le danger ! Très vite, la situation peut se compliquer, dégénérer, puis finir par m’échapper totalement. J’en deviens insupportable pour mon entourage. A ce pic vers mes hauteurs ingérables, succède un épuisement extrême, une rechute de mon être dans les bas fonds. 

Ainsi, à trois reprises (en février, septembre 2013 et avril 2014), j'ai cherché à faire entendre ma détresse, contenue, refoulée depuis longtemps. Par explosions spectaculaires. Je l’ai pleurée, hurlée très fort, cette détresse, tel un bébé en manque d'amour, qui exige de ses géniteurs son biberon, leur attention et les bons outils pour couper le cordon, grandir, avancer, devenir adulte : « Hey ! Papa, maman, j’existe, je suis là, et ça ne va pas. Je ne m’aime pas, je ne sais pas quelle place prendre ni comment, parmi vous, parmi eux. Je ne me connais pas. Je ne me reconnais plus ». Je peux vous dire qu'elle en a bavé, ma famille chérie. Méconnaissable la gentille et pauvre petite fille riche qui jouait du piano debout, sans jamais broncher, pas même à l’adolescence. Surpris, le père agent immobilier qui a construit son nid. Interloquée, la mère avocate qui a toujours défendu sa cause. « Qu’avons-nous mal fait ? » Se demandent-ils encore. 

Il m’a fallu du temps mais aujourd’hui, je pense avoir compris qu’il ne s’agit pas de ressasser le passé. Quand on a 25 ans, on ne s’en prend plus aux parents. Chacun a fait de son mieux. Il faut tourner la page. Tout au plus, peuvent-ils jouer un rôle de renforcement positif. Dès lors, pardonner, apprendre à se chérir, se faire confiance, se materner soi-même constitue la seule manière valable d’aller de l’avant. 

Tels sont les enseignements que je tire de ces derniers mois, sereine et en bonne santé, depuis la terrasse du 8e étage de l'immeuble de l'appart' de mon amie, au niveau du toit, avec piscine à débordement qui s’étire sur 40m et vue panoramique de Singapour, ses prouesses architecturales, sa modernité.

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