mercredi 13 août 2014

Like a baby

Le voyage initiatique en Asie marquait une étape importante dans mon chemin de convalescence, après des mois de recherche de réponses et de solutions à ma maladie. Petit oiseau était fin prêt à se faire confiance. Assez en tout cas pour prendre son envol et tenter de vaincre sa paranoïa, ses angoisses de l'inconnu et de la mort. Le plus gros obstacle finalement, deux semaines avant le grand départ, c'était les inquiétudes de la famille : « Est-ce vraiment une bonne idée ? S'il est trop tôt, retarde ton départ… Seras-tu assez forte ? Prends quand même des médocs au cas où. Tu es vraiment sûre de vouloir partir ? » Oui, chère famille. Laissez-moi grandir et devenir adulte. S'il vous plaît. Je n'en peux plus d'être un gros bébé incapable de se gérer. Je n'en peux plus de péter des câbles. Je n'en peux plus d'étouffer. Laissez-moi apprendre à me connaître, loin de tout, loin de vous. C'est pour mieux me retrouver. Vous retrouver. Laissez-moi suivre mes intuitions, mes envies. Elles sont bonnes, croyez-moi. LAISSEZ-MOI PARTIIIIIIIR, ai-je tonitrué les jours qui ont précédé, secouée par d'ultimes crises nerveuses. Or, plus je m'énervais à essayer de les convaincre des potentiels bénéfices du voyage sur moi, plus je voyais mes chances de partir s'amoindrir, tant je me mettais dans de mauvaises postures, genre celle de l'hystérique en peignoir qui se tire les cheveux et court dans la rue pour échapper à sa môôôman qui la met dans tous ses états. Comportement qui, bien entendu, ne plaidait pas en ma faveur. Mais bon, sur le moment, difficile de se contrôler. 
J'avais tout préparé minutieusement. Les étapes, les points de chute en cas de force majeure, les vaccins, la trousse de secours, l'iPad et ses applis utiles... Tout pour me sentir à l'aise dans ce premier voyage seule. Sur ma liste de choses essentielles à faire avant de prendre l’avion, il y avait aussi et surtout « Écrire mon testament » et « Démarrer un blog ». Ce que j'ai fait, histoire de décoller en toute sérénité et de laisser derrière moi quelques maigres écrits, au cas où quelque chose de terrible devait m'arriver, dans les airs ou là-bas. 
J'aurais pu vite plier mon testament, puisque je n'ai rien ou presque. Au final, j'ai mordu pas mal de temps sur l'une de mes précieuses nuits avant le jour J. Parce que je voulais qu'à la fin de la lecture, les destinataires en oublient presque l'intention, l'impulsion de base, triste, glauque et déprimante. Et voilà, au bout de deux heures, j'envoyais mon amour (tout ce que je possède réellement, à bien y réfléchir) par mail (pas très original le support, certes, mais facile et rapide, donc voilà). A mes parents, ma marraine, une amie... Mais pas à mes frère et sœur. Parce que je me suis souvenue d'un mail d'Olivier, environ trois ans plus tôt, qui m'enguirlandait d'avoir adressé un long mail à toute la famille concernant la petite vie que j'essayais vaille que vaille de me créer à Paris et le fait que je pourrais bien y trouver une place, ma place... C'était bourré d'optimisme. Trop peut-être ? Il m'avait sermonnée. « Arrête avec ces dissertations philosophiques à la 6-4-2. Chaque année, tu reviens avec le même discours... » Je n'avais pas compris sa leçon de vie et l'avais trouvée agressive. Mais du coup, je n'ai pas réitéré l'expérience, préférant lui communiquer mon amour via les réseaux sociaux et... mon blog, à défaut de trouver les occasions de se parler en face. 

Ainsi, les raisons d'être du blog étaient multiples. J'en découvre encore aujourd'hui. En voici un petit florilège : 

1) Faire couler de l'encre de mon ordi. Autant que nécessaire pour larguer les amarres de mes sentiments. Jeter mon ancre de future ex-naufragée et rompre sa chaîne, pour mieux naviguer, m'envoler, le cœur léger et libre comme l'air, dont j'étais à deux doigts de prendre un bon bol. Yes yes yes ! 

2) Donner à lire à mon papa, ma maman, Olivier, Caro et David. Qu'ils découvrent que j'ai des trucs à (leur) dire - certes étranges parfois, mais et alors ? - qu'ils apprennent à mieux me connaître et réalisent qui je suis en train de devenir), depuis le divorce en 2006. En mode « Hello ! Youhou ! Je m'appelle Valentine, j'ai inhibé et refoulé mon identité ces dernières années mais ce n'est pas grave, je vous aime, je vous pardonne et surtout je me pardonne. Le monde est imparfait. Vous et moi aussi. L'erreur est humaine. Apprenons de nos erreurs. Voyez donc (aux boutons sur mon front et mon menton, par exemple) comme je suis en train de tout percer, faire exploser, ressortir. Suite au grand plongeon dans les profondeurs de mon âme, ce no man's land que je cherche à cultiver en une terre-mère fertile et accueillante, voilà que je remonte à la surface et commence à respirer ! » 

3) Faire savoir à mon frère qu'en cherchant à me retenir auprès des parents et de mon docteur (sans plus même me consulter moi) - même si l'intention, aussi bonne soit-elle, était de me protéger - il ne faisait qu'aggraver mon cas, me rendre plus folle. J'avais envie de lui crier « regarde dans ton assiette, connard, répare-toi toi-même au lieu de vouloir réparer les autres. Et maladroitement en plus ! » Mais comme les occasions de se parler se faisaient rares, je me disais que le blog tombait à pic pour le convaincre de me faire confiance (ce qui était pire que bien apparemment... Jusqu'au bout, il disait à ma maman que j'écrivais des trucs complètement ésotériques, que l'heure était grave et que je n'étais clairement pas prête). 

Le cinquantenaire, la fontaine, ton appart', l'arrivée de la course, l'ambulance.
4) Et enfin, last but not least, ouvrir mon cœur sur Internet, via un Blog. Lequel m'apparaissait comme une nécessité, une évidence. Écrire pour exister. Il me fallait à tout prix raconter un mini bout de mon histoire (mes mémoires ?) et faire des bisous à ceux que j'aime plus que tout... 

Olivier, tu n'es pas venu me dire au revoir à mon ultime verre de départ, en petit comité chez Émile. Peut-être bouclais-tu un article ? Enfin... Tu m'as dit au revoir cette nuit, dans mon rêve. Merci.

1 commentaire:

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