vendredi 8 août 2014

Pfff...

JE SUIS FURIEUSE ! FAUT QUE J’ECRIVE ! 

La psychiatre de la cellule de crise à St-Luc a cru bon pour moi d'annuler mon intervention chirurgicale des nodules diagnostiqués sur mes cordes vocales à l'âge de 12 ans (quand je commençais à chanter ailleurs que dans ma chambre). Je téléphone aujourd'hui pour savoir à quelle heure a lieu l'opération, ce lundi 11 août et on me répond que je ne suis plus programmée, sous l'ordre de cette psychiatre qui m'a vue deux fois dans sa vie (en février 2013 et en août 2014). Euh... N'ai-je plus mon mot à dire dans cette histoire, MON HISTOIRE ??? 

Vous n'imaginez même pas à quel point je suis contrariée de voir mon passage en salle d'op' différé ! Il représente un grand cap dans ma vie ! Une nouvelle voix pour une nouvelle voie. J'avais tout programmé en fonction de cette date cruciale, qui tombait à pique, avant la rentrée de septembre. De mon silence radio obligatoire, à mes séances de logopédie, en passant par les lieux où j'allais séjourner le temps du repos, puis de la rééducation. 

Cet arrêt vocal complet, j’en ai besoin. Pour ma voix, bien sûr, mais aussi pour mon mental, mon organisme, mon horloge biologique toute chamboulée. J’avais à l'esprit de profiter de ce rendez-vous médical pour me la jouer bouddhiste zen à Bruxelles (à défaut d'avoir pu le faire en Asie du Sud-Est), désireuse de calmer la rage en moi, de me recentrer après l’enchaînement d'événements tragiques qui ont décoloré ma vie, ces dernières années : le divorce de mes parents, le décès de Maxime (le frère de cœur de mon frère), le décès de ma grand-mère paternelle, le cancer du sein de ma maman, mon burn out, ma dépression profonde, le décès du directeur artistique de mon duo Avenue., et enfin, cerise pourrie sur le gâteau empoisonné, coup de grâce, le décès de mon frère. Mais comment allais-je bien pouvoir encaisser une telle épreuve ? J’étais loin… Loin d’imaginer ce qui arriva si brutalement à mon frère, le 18 mai 2014, vers 12h, 500m avant la fin des 20km de Bruxelles. Sa crise cardiaque. 

Cela faisait à peine deux semaines que j’avais foulé le sol asiatique. Mon périple devait durer trois mois. Le premier en son genre, celui dont j’attendais, naïvement peut-être, qu’il me renforce, m’apporte des réponses, me retape, recharge mes batteries à coup de massages, yoga, méditation, rencontres, découvertes, sourires, jungles, plages, montagnes, saveurs, épices, exotisme, paysages... après seize mois de psychothérapie, de reconquête pénible et laborieuse de moi-même, d’émotions intenses, changeantes, épuisantes. Une aventure que je voulais m’offrir et qui allait certainement mettre un terme à cette tendance à l’auto-sabotage, m’empêchant de vivre pleinement. 

Je débarquais tout juste chez mon oncle et ma tante, à Bangkok, quand j’appris la triste nouvelle, au beau milieu de la nuit. Le lendemain, on organisa mon rapatriement. Mon corps, ma tête, mes nerfs surtout, allaient-ils tenir le coup ? J’étais encore si fatiguée… Deux jet lags en l’espace de quinze jours... Pas idéal. Les vols du retour ? Les heures les plus longues de ma vie. Le tout sans aucun médicament pour me soulager, m'aider à dormir, ma trousse de secours étant restée à Singapour, chez mon amie. Ma tête cognait. J’ai dû faire des pieds et des mains, auprès d’hôtesses antipathiques, pour obtenir un malheureux Paracetamol. Complètement déboussolée, je n'ai rien trouvé de mieux que hurler dans les toilettes de l'avion. 

Le 20 mai, le taxi me déposait à Ixelles. Mon futur-ex et mon parrain arrivèrent en même temps à l’appartement pour me réceptionner, lessivée. Je m’écroulai littéralement sous mes cris. Les deux mois qui suivirent la mort d’Olivier s’écoulèrent à toute vitesse. En mode automatique, je vécus la préparation de la cérémonie, le funérarium, l’enterrement, la rupture avec mon petit ami, la recherche de nouveaux locataires pour l’appartement, le déplacement de mes affaires dans la maison familiale, à La Hulpe, les vacances en France, le city trip à Berlin… Il y a cinq jours, ma mère me ramenait à la maison. Après un mois de vacances, de détente et de bonnes ondes. 

Et là, je tombe de haut. Très haut. La colère s’empare de moi. Je réalise que mon frère ne reviendra pas, à un moment où je n'ai plus de chez-moi. Pas cool. Pas d'intimité. Pas d'espace vital. Beaucoup de gens autour de moi. Le beau-père, la mère, la sœur, son copain, deux amis de mon frère… Je ne gère plus. Qu’on me fiche la paix. « Vous ne comprenez rien, vous faites chier, laissez-moi hurler, m'exprimer » et v'là t'y pas que j'envoie valser mon bol de céréales sur le sol de la cuisine... et surprends tout le monde, de nature à me contenir. Mais alors... Que faire ? Où aller ? Soudain, il me faut absolument mettre la musique à fond dans le salon. Danser, danser, danser, pleurer et crier en même temps. Il faut que ça sorte ! « C'est bien Val, évacue ! », me dis-je en mon for intérieur. « La musique va trop fort. Tu n'es pas toute seule, ici, Val. Arrête ton cinéma », entends-je autour de moi. A ces paroles, je deviens totalement hystérique. « Non mais vous rigolez ou quoi ? J'ai le droit de faire mon deuil ou pas ? Juste le temps d'une chanson ou deux ? ». Ma famille est désemparée, désarçonnée par la violence de mes propos et mon comportement explosif. 

De la colère, j’en ai en stock depuis le divorce de mes parents, en 2006. J’avais 17 ans, j'étais en dernière année du secondaire au Collège Notre-Dame de Basse-Wavre (un établissement bien plus ouvert et moins péteux que le Lycée de Berlaymont à Waterloo, que j’ai fréquenté quatre ans avant de changer d’école). J'aurais dû faire ma crise d'adolescence à ce moment-là, avoir mes règles et choisir des études dans mon intérêt propre. Eh bien non. A la trappe, toutes ces étapes essentielles à la construction d'un esprit sain dans un corps sain. S’en est suivi mon premier gros repli sur moi-même. Fini les mouvements de jeunesse, au revoir les amis, bonjour l’université de Louvain-La-Neuve. Rien ne m’intéresse à part chanter. J’étudie l’économie et la gestion, parce que ma maman a dit que c’était bien pour moi. Ok. Je n’ai pas la foi pour creuser plus loin la question, de toute manière. 

Oui. Le divorce signa mon premier choc émotionnel. Celui qui perturba ma perception de la vie, de la famille, de la vie de famille et sema les graines du chaos qui mena ultimement à mon « global burn out », l'an passé... Une fois à l'université, j'ai tenté de fuir (en avant) la maison, papa, sa nouvelle copine, maman, ses pleurs, Olivier, Caroline. De me détacher de cette ambiance peu porteuse. J’avais un kot la semaine, sur le campus et revenais chaque week-end à La Hulpe. C’était pire que bien. Je déchargeais mes batteries auprès des miens et recommençais ma semaine aux études, difficilement... Mes frère et sœur parlaient beaucoup, quand moi j’observais, passivement, souvent lasse. Et si je voulais en placer une, dans les bons jours, je m'y prenais mal et/ou je me sentais mal écoutée... Heureusement, il y avait mon copain, les lundis de la guitare, la revue, mon groupe de rock,... 

Et puis, en 2009, David, mon petit ami, mon pilier, ma béquille, mon psy, mon guitariste, mon auteur-compositeur, est parti faire ses études en psychologie du sport au Pays de Galles, pendant un an. Moi, je venais de terminer mon bachelier d'économie et de gestion, avec grande distinction. Déprimée, je n’ai pas trouvé la force, la motivation ni l’envie de continuer sur cette voie-là qui, malgré les résultats, ne me parlait pas le moins du monde. Sans trop savoir quoi faire, je me suis inscrite dans une école de Jazz, dans la capitale. Mon « année-pute », bouche-trou, que je l’appelle. Parce que je chantais, accompagnée d’un pianiste, dans les plus beaux endroits de Bruxelles, une musique que je ne vivais pas. Je gagnais pas mal d'argent, sans réellement prendre mon pied. Cette année-là, j'ai craqué pour mon prof d'arrangement avec qui j’entretenais une relation platonique et je me suis envolée vers le Congo, pour six semaines d’été, sur un coup de tête. Deux fois, j'y ai trompé mon homme. « Ce qui se passe à Goma, reste à Goma », me disait-on. Mais moi, j’étais désespérée. Perdue. Désorientée. Tourmentée. 

20 ans et déjà un trop-plein de questions : « Dois-je lui dire ? Que vais-je faire de ma vie ? Qu'est-ce qui m'intéresse au juste ? » Mon compagnon m'annonce, vers la fin de mon séjour en Afrique, qu'il accepte un poste de doctorat en banlieue parisienne, durant trois ans. Bon. On est au mois d'août. Ma maman insiste pour que je fasse un master, décroche mon diplôme. Les concours à Paris sont clôturés. Le fric, la crise, la finance, la bourse, les taxes, les impôts, ça m’écoeure. Plus question de faire de l’économie et de la gestion. Un nouveau master en communication culturelle voit le jour, à Louvain-La-Neuve. Je prends. Loin de David, près de ma maman. Et rebelote, une année de plus, sans grand intérêt ni investissement de ma part, le cul entre mille chaises, le cœur nulle part, la tête ailleurs. 

En 2011, je cherche à rejoindre David à Massy-Palaiseau. Mon mémoire sur les portraits d'artistes dans la presse musicale française m’ouvre les portes d’un stage en tant que journaliste culturelle, dans le Xe arrondissement. Neuf mois de trajets en RER B (le transport déprimant par excellence), d'agressivité et de puanteur dans les métros, et me voilà embauchée pour un CDD de quatre mois à temps plein, en tant que rédactrice en chef du plus petit des deux magazines que publie la rédaction. L'Openmag, un mensuel distribué gratuitement à la Fnac. Je signe un faux contrat (je ne me rendrai compte de l’entourloupe qu’au bout d’un mois presté en black, à mon insu). Je ne supporterai pas un RER B de plus. J’emménage à Belleville, rue Rampal, dans une colocation de 35m2, avec une fille de mon âge. 

Envoyée partout, je m’active tant sur le papier que sur le site web, mène de grosses interviews (Shirley Manson, Charlie Winston, Angus & Julia Stone…), écris une quantité d’articles en tout genre, forme les nouveaux stagiaires et coordonne les pigistes de l’Openmag. Je m’amuse bien mais peine de plus en plus à ignorer les sarcasmes de certains collègues envers moi, petite Belge restée stagiaire à leurs yeux. Les remarques condescendantes de mon boss qui prend ses employés pour son défouloir, ses stagiaires pour de la merde me sortent par tous les trous. Les tensions au sein d’une équipe supervisée par un management qui nous pousse à nous mettre dos à dos, plutôt qu’à travailler main dans la main, me dépassent. A cela s’ajoute que la colocation, rue Rampal, ne satisfait plus mes attentes. Avec ma coloc, on se vole dans les plumes, on se prend le bec, sans cesse, pour des broutilles. On s’évite, on ne se parle plus ou on se crie dessus. J’en ai la boule au ventre, quand je rentre chez moi. Quant à mon mec, resté en banlieue, je le vois peu. 

C’est dans cette atmosphère pesante qu’en décembre, je ramène une affaire en or à mon boss, sans toucher un euro de commission. La goutte d’eau de mon vase trop plein. Au cours d’un lunch, comme pour se rattraper, il me propose plus de responsabilités au sein de la boite, à salaire égal (800 misérables euros/mois). Le 21 décembre 2012, à la veille des vacances de Noël, je crache à la figure de mon employeur que je n’en peux plus. Je plaque tout. Je ne renouvellerai pas mon CDD dans ces conditions. 

Malheureusement, mon mois en black me fait défaut. Je ne toucherai pas les allocations de chômage. Là-dessus, je balance à David que je l'ai trompé deux ans plus tôt, que j’en ai marre, que je rentre en Belgique, que je ferai probablement escale à l’hôpital psychiatrique. 

Mes nuits sont de très mauvaise qualité depuis que j’ai quitté mon boulot. Au bout d’une semaine à Bruxelles, à voir mes amis, la famille, sans plus dormir, je me fous à poil dans le hall de l’hôpital St-Luc. On est le dimanche 4 février 2013. La suite, vous la connaissez : huit mois dans les jupes de ma mère, en dépression profonde, l'emménagement à Ixelles, le bref stage chez Sony Music, la semaine à l'hôpital psychiatrique, le CDD à la sandwicherie, les quinze jours en Asie, le décès de mon frère, la rupture après 7 ans de relation, la France, l’Allemagne, le retour à la maison, la crise de colère… 

Les futurs locataires n’arrivant qu’en septembre, je suis aujourd’hui retournée à l’appart ixellois, vide. Histoire de me retrouver un peu seule pour faire mon deuil. A ma manière. A mon rythme. Mais aussi parce que j’en ai marre d’entendre ce foutu terme « bipolarité » à tout bout de champ. Tout le monde est bipolaire. La terre est bipolaire. La lune influence les marées qui influencent mon humeur. Et alors ? Je dois avaler des psychotropes pour ça ? Non merci. Famille je vous aime, mais je ne vous suis plus. Je compte bien me faire confiance et essayer de me soulager avec MES méthodes. Celles auxquelles je crois. 

Et mon opération des cordes vocales, là-dedans ? Elle fait partie d’une des mesures que je désire prendre pour avancer dans la voie qui me semble bonne pour moi. Elle m'a été refusée alors qu'elle est prévue depuis le 17 juin. Je remercie non chaleureusement la psychiatre qui a annulé, sans mon accord, ce qui était ma priorité du moment. Sait-elle à quel point chanter m'apaise, plus que n’importe quel médoc ? Se rend-elle seulement compte que c'est un besoin vital, après six mois de voix cassée d'avoir parlé, parlé, parlé puis crié, crié, crié ??? Et là je pleure... Je me sens mieux. J'en avais lourd sur la patate. C'est sorti, c'est écrit. Merci :(

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