jeudi 19 février 2015

Body & Soul

Bangkok, 19 février 2015

M. le psychiatre, 

Après un mois et demi de voyage initiatique à travers l’Asie, je vous écris pour faire le bilan sur les quelques missions que je me suis confiées, avec votre aide, avant de partir. Il s'agit d'apprendre à 1) m’autonomiser affectivement, 2) gérer mes humeurs à tendance bipolaire et mon surmoi quelque peu obsessionnel et 3) assumer mon identité sexuelle de femme, m’accepter en tant que telle, dans mon corps et dans ma tête.

Il m’a fallu quelques temps pour prendre mes marques dans cette nouvelle situation de backpacker. Durant les trois premières semaines (Thaïlande, Laos, Cambodge), je me suis laissée guidée par les autres. En effet, il m’était très difficile de prendre des décisions et initiatives quant à mon propre itinéraire. J’avais besoin de me reposer sur d’autres épaules. Je me suis rarement retrouvée seule, comme si je n’étais pas encore prête à cela. Cela n’empêche que cette première partie de voyage, bien qu’éprouvante, s’est très bien passée, en majeure partie aux côtés d’une femme mure de 40 ans, avec laquelle j’ai énormément appris sur la condition féminine.

Depuis trois semaines (Philippines), je passe mon temps avec des partenaires de voyage masculins, désireuse d’en savoir plus sur les hommes et par la même sur la femme que je suis. Encore une fois, les échanges, très ouverts, sont des plus enrichissants et instructifs. Chaque personne avec qui je choisis de partager un bout de chemin porte des ondes positives qui m’emmènent un peu plus loin dans ma convalescence. 

À l’heure actuelle, je perçois les changements qui se sont opérés en moi. Il est évident que les choses évoluent de manière substantielle. Petit à petit, ma curiosité grandit et mon écoute s’améliore. Je m’ouvre doucement à l’autre et au monde, quand je parviens à me détacher de mes pensées et obsessions. Mais surtout, je me rends de plus en plus compte de ce dont j’ai besoin pour nourrir mon identité, maîtriser mon surmoi et réguler mes humeurs. Et j’ai bien l’intention de planifier la suite de ce périple en fonction de ces nouveaux paramètres.

Quant à mes nuits, elles n’ont pas été des plus reposantes jusqu’à présent. Les insomnies ne sont jamais loin. Les plus belles nuits se comptent sur les doigts de deux mains. Au début, mes rêves étaient plutôt déroutants. Je les ai retenus pour pouvoir vous les raconter. Je rêvais beaucoup d’Olivier. Il se blesse, se fait mal, mais s’en fiche. Il en eut un autre où il me disait au revoir. Et puis il y a aussi eu cet étrange rêve de maman qui demandait à mon frère et moi, lequel de nous deux allait lui donner du plaisir sexuel. Le perdant au jeu Pierre-Papier-Ciseau devait se farcir la tâche. C’est moi qui ai perdu. J’ai également rêvé d’une trompe d’éléphant qui me faisait jouir. J’ai une vague idée de la signification de ces rêves mais j’aurais bien aimé en discuter un peu plus avec vous.

Sinon, la toute bonne nouvelle est que j’ai eu mes règles, le 13 février. Signe direct que mon esprit autrefois tordu se dénoue et qu’enfin, la femme adulte prend le dessus sur l'enfant à l'identité sexuelle instable. 

Par ailleurs, récemment, j’ai dû faire face à une montée hypomaniaque. Elle a frappé, il y a quatre jours, alors que j’étais seule dans les transports entre Manille et Bangkok, mon point de chute familial entre deux destinations. Il faut croire que le changement suscite en moi encore pas mal d’angoisse. Or, il me semble que je passe à un autre stade dans mon voyage bientôt.

Maintenant que vous avez une petite idée d’où j’en suis, j’aimerais vous faire part de ma décision de ne pas rentrer à Bruxelles le 3 mars, comme initialement prévu. En effet, je sens que cette rencontre avec moi-même et les autres ne fait que commencer et qu'il me faut davantage de temps pour m’apprivoiser. Et puis l’idée de travailler me paralyse encore, pour le moment. 

J’ai prévu, pour les prochains mois, d’aller plus loin dans le travail sur moi-même, à travers trois épreuves importantes qui me font sens : 1) une semaine de jeûne, avec du yoga et de la méditation pour me purifier le corps (Koh Samui, Thaïlande) 2) dix jours de méditation selon la méthode Vipassana pour me purifier l’esprit (en Inde ou Indonésie) et 3) un ashram de yoga pour harmoniser corps et esprit, en Inde. Autant d'actes que j'aimerais poser pour m'apprivoiser, afin que je sois en profond accord et contrôle avec mon corps et ma tête qui se sont souvent joué de moi.

Ensuite, je pense que je serai prête à développer mon projet artistique autour de l’écriture, la photographie, la danse et la musique, probablement depuis Bali (Indonésie) où j’ai de la famille. Enfin, à partir de juillet, je voudrais postuler pour le visa Vacances-Travail en Australie, afin de me tester à nouveau sur le marché de l’emploi et voir si je suis assez stable et forte pour ne pas retomber dans des relations de harcèlement comme j’ai pu en accumuler jusqu’à présent.

J’aimerais votre avis sur ce plan qui se dessine depuis quelques jours dans ma tête et savoir si vous estimez possible que je continue de percevoir les allocations d’arrêt maladie de la mutuelle jusqu’à ce que je trouve du travail et devienne ainsi totalement autonome.

D’avance merci pour votre retour,

Bien a vous,

Valentine Croughs

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