samedi 6 juin 2015

V comme... Vipassana

A vivre, plus qu'à lire, mais bon... Aujourd'hui, je voudrais partager mon expérience spirituelle ou mes dix jours dans ce centre de méditation en Malaisie. Les règles de conduite à suivre ? No talking, no smoking, no drinking, no drugs, no sex, no sport, no internet connection, no reading, no writing, no music, no human contact... De la méditation et rien que de la méditation, jusqu'à dix heures par jour. 

Concrètement, les trois premiers jours, on fixe toute son attention sur sa respiration, sur l'air qui entre et sort de ses narines. On se focalise sur les sensations dans la zone de contact située juste au-dessus de la lèvre supérieure. Cette observation sur un périmètre aussi restreint du corps a pour but d'aiguiser l'esprit, de le maîtriser un tant soit peu. Un exercice de préparation, d'échauffement, indispensable si l'on veut pratiquer Vipassana correctement par la suite. 

C'est très difficile car au début du stage, les pensées fusent dans tous les sens, un joyeux bordel qui nous distrait constamment de notre tâche. Et pour ne rien arranger, il faut aussi compter sur les douleurs qui parcourent le corps non habitué à tenir aussi longtemps dans les quelques positions assises qui s'offrent à nous pour méditer et que l'on est en droit de tester dans cette première phase d'apprentissage. Le dos, la nuque, les cuisses, les genoux, les chevilles, les pieds... tout fait mal. On s'étire, on se masse durant les pauses et on applique un peu de baume du tigre par-ci par-là, mais rien n'y fait, ce n'est décidément pas confortable du tout. On se demande comment on va faire pour tenir les dix jours. Le doute s'installe et le mental s'emballe, amplifiant l'inconfort.

Mais dès le quatrième jour, l'esprit se calme et se concentre, on est prêt à commencer Vipassana. Une nouvelle règle s'ajoute à la routine. Pendant les trois heures dites de "strong determination", réparties dans la journée, il est interdit d'ouvrir les yeux, de bouger les bras ou de déplier les jambes. Et là, c'est parti, on entre dans le vif du sujet. On observe les sensations à travers le corps tout entier - des pieds à la tête et de la tête aux pieds, en s'efforçant de n'omettre aucune zone -, afin de comprendre leur nature, et développer l'équanimité en apprenant à ne pas y réagir : ne pas vouloir que les sensations agréables continuent, ni que les sensations désagréables cessent. 

D'abord, on ne ressent que des sensations grossières, solides, qui font franchement souffrir. Mais au fur et à mesure, le mental bien entraîné repère des sensations de plus en plus subtiles, jusqu'à parfois expérimenter un flux continu de sensations dans tout le corps. Il finit par ne plus s'attarder sur les douleurs qui ne nous atteignent plus ! Victoire. Rester assise une heure non-stop en mode statue sans que ce ne soit une véritable torture ? Check ! 

C'est génial, cette occasion de se rendre compte de la puissance de l'interconnexion corps-esprit. Chaque partie du corps est traversée par des sensations (de chaud, de froid, de picotements, de palpitations, d'engourdissement, de lourdeur, de légèreté, de contraction, de détente ...), et ce, à tout instant. Elles sont autant de manifestations directes et observables de la loi universelle de la nature qu'est l'impermanence des choses, auquel notre corps, cet amas de particules subatomiques, ne fait pas exception.

Dès lors que l'on expérimente sur nous, et donc au plus près, cette loi de l'impermanence, par le biais de nos sensations, la question suivante est posée : à quoi bon ruminer, s'arrêter sur ce qui nous fait mal ou s'attacher à ce qui nous procure du plaisir, puisque là aussi, le changement constant est de mise ? Si rien ne dure, pourquoi s'épuiser ? En effet, plus on réagit à l'aversion ou au désir, plus on déséquilibre notre esprit et plus on souffre, in fine. 

Les bienfaits de la méditation en général sont multiples. Sa pratique régulière diminue le stress, éloigne la dépression, augmente la concentration, favorise la créativité, etc. Mais Vipassana est bien plus qu'un simple moyen de soulager ses peines et vagues à l'âme en surface.

La présente technique vise d'une part, à mettre en lumière les zones d'ombre et d'ignorance de l'esprit, qui regorgent de pensées anciennes, refoulées, logées dans l'inconscient et qui parasitent nos vies de tous les jours. Un processus qui sera accéléré au cours du stage, puisqu'on ne parle pas et qu'on n'est pas sollicité. Les pensées émergent ainsi naturellement à un moment donné, suite à une sensation ressentie qui sera la clé d'un des tiroirs de la boite noire. Toute partie du corps est susceptible d'être traversée par des sensations plus ou moins fortes qui feront remonter tel ou tel souvenir, plus ou moins lointain. S'en suivent de vives réactions d'aversion si les pensées sont désagréables ou de désir si elles sont agréables. Mais d'heure en heure de travail, l'intensité de nos réactions s'atténue. Ce qui donne, au bout des dix jours, un sentiment de grand apaisement. Il suffit de voir le visage des gens, leur sourire, à la fin du cours, pour comprendre que l'effort a porté ses fruits. Bien sûr, la quantité d'impuretés mentales à déraciner variera d'une personne à l'autre, en fonction de paramètres multiples et divers tels que le karma passé, le vécu, l'éducation, l'environnement, la personnalité de chacun, etc. Mais quel que soit le poids dont on veut s'alléger, c'est à force de persévérance, continuité et discipline que l'on peut y parvenir. D'autre part, Vipassana forme à s'armer contre les nouvelles négativités du quotidien qui, à leur tour, pourraient rejoindre les couches profondes de l'esprit si l'on n'y fait pas face et par conséquent, causer de nouveaux tourments.

Ce qu'enseigne Vipassana est donc cette faculté à s'explorer mentalement et à rester équanime, neutre, face aux sensations agréables ou non qui surgissent sur le corps pendant les sessions méditatives. On se drille à se contenter de les observer objectivement avec un esprit alerte, calme et tranquille, avec en tête le principe de base que tout est voué à changer, qu'une sensation apparaît pour disparaître, encore et toujours.

Après le stage, il s'agit d'appliquer l'outil dans la vie courante, ce qui se traduit par l'aptitude à maintenir une stabilité d'esprit, une paisibilité de plus en plus grande, face aux situations cocasses de la vie. Prenons l'exemple de quelqu'un qui vous insulte. Plutôt que de réagir, il faut se recentrer sur les répercussions bio-chimiques que provoque l'insulte sur vous : un changement de rythme respiratoire, un bouillonnement à la tête, une crampe au ventre, le cœur qui bat plus vite... Ressentir son corps de la sorte et se répéter que "cela aussi va changer" ("anicca") évitent que la souffrance due à la négativité parte en escalade et s'empire jusqu'à monopoliser l'esprit pendant des heures voire des jours. Plus facile à dire qu'à faire, dans le feu de l'action. Cependant, petit à petit, à force de s'exercer, on met de moins en moins de temps à retrouver un équilibre mental après un événement fâcheux. Mais pour obtenir des résultats, il faut pratiquer Vipassana tous les jours, dans l'idéal, matin et soir, à raison d'une heure en moyenne par session.

Enfin, le dernier jour, on apprend la méditation dite de l'amour bienveillant vis-à-vis de tous, une technique à utiliser en clôture de session de méditation Vipassana où l'on se répète, pendant l'une ou l'autre minute : "may I be happy and free from suffering, anger and hatred, may I live in harmony and generate pure, infinite and compassionate love" puis, si l'humeur est à la bonté et nous y invite : "may all beings be happy, share my merits, my love, my peace, my good will..." Et pour que le retour à la réalité ne soit pas trop brutal, on est à nouveau autorisé à parler aux autres méditants.

Et voilà ! Tous à vos coussins !

1 commentaire:

Bon voyage !

  Mamita,  J'ai eu l'immense chance et bonheur de partager ton quotidien durant trois années importantes de ma vie. Quand je suis ar...